mlc - La précarité

Table ronde « la précarité »


23 octobre 2004, Salle des fêtes, Mairie d'Ivry sur Seine
Célébration du 100ème anniversaire de la naissance de Madeleine Delbrêl

 

Intervention Marie Laure Caussanel (10')

Présentation : J'exerce la psychanalyse en indépendant à Ivry mais je suis ici parce qu'en dehors de mon cabinet privé ou des institutions anlalytiques il y a une vie, et même une ville (voire un pays). Je m'interresse à la Ville et je pense que le psychanalyste a sa place dans la cité au même titre qu'un autre professionnel pour y réfléchir. C'est pourquoi je fais parti depuis près de 4 ans du réseau précarité d'Ivry qui rassemblent des professionnels des institutions publiques et parapubliques (CMP, CMPP, CMS, ANPE, le Collectif d'ivry, la mission locale...).

Pour l'heure je vais juste faire quelques petits détours autour de 3 points : la souffrance, la précarité et le réseau.

1- La souffrance
J'aimerais commencer par une contradiction qui m'a interpellée dans la 1ère page de l'argumentaire réalisé pour cette table ronde.
Il y a l'expression « éviter la souffrance » et quelques lignes plus loin :
« bénie soit cette souffrance, elle est notre meilleur gage de guérison »

Alors, éviter la souffrance ou la bénir ?

Notre idéologie privilégie naturellement le bonheur à la souffrance. Mais il faut dire que la souffrance est mal vue... à tel point qu'elle peut ne pas être vue du tout.
Le risque de vouloir l'éviter est tout simplement de la nier.

Je ne dis pas que « aller bien » n'existe pas. Je dis que parfois « dire aller bien » fait office de rempart, légitime quand on a pas envie que l'autre s'immisse dans notre vie mais des fois cet Autre n'est autre que nous même...

Le plus souvent on ne sait pas que l'on souffre et encore moins de quoi. Pour éviter véritablement la souffrance, il faut la connaître... paradoxalement (c'est là tout le sens de nos préventions diverses et variées). Reconnaître que l'on souffre et en quoi c'est déjà avoir la solution de sa « guérison ». Il est un fait qu'à partir du moment où l'on reconnaît une souffrance, alors il faut la résoudre ou la guérir, c'est à dire en parler ou faire des démarches pour ça. Démarches pas toujours faciles dans une société ou la souffrance est mal vue.


2- La précarité
La souffrance est mal vue mais la précarité aussi est mal vue.
Elle est signe, au delà de la pauvreté, d'instabilité, de faiblesse, de rupture, d'exclusion.
Laissez-moi oser poser cette question : mais qu'est-ce qui est stable aujourd'hui ?
Nous ne pouvons nous leurrer sur la forte tendance générale à la précarité : que se soit au niveau de l'emploi, du logement, ou de la relation amoureuse...
Alors comment faire avec une précarité qui fait peur et qui cependant se généralise ?

Nous ne sommes pas loin d'en faire un mode de vie. Et si c'est le cas... il est temps de valoriser la précarité.

Je sais bien que là je marche sur des oeufs.. mais si précarité il y a, elle ne peut bien se vivre qu'avec à mon avis 2 choses essentielles :

- Faire le choix de la précarité c'est aussi parfois faire le choix de se rapprocher le plus de soi, de sa vérité, de sa liberté.
Peut-être que si, ceux qui vivent des ruptures, les intègrent comme des choix qu'ils ont fait ou que l'on a fait pour eux mais dont ils sont responsables, la précarité se vivraient autrement. Il est beaucoup plus positif de passer de la position de victime à celle de responsable de ce qui lui arrive.

- deuxième condition : Je déplore les ruptures totales... on a besoin de traverser ce qui « fache » au lieu de résoudre l'insupportable par de l'exclusion. Mais si exclusion il y a, et parfois c'est la seule « coupure » envisageable, être entouré est necessaire, les liens (c'est à dire l'affect) sont absoluement indispensable à la vie.


3- le réseau
le réseau est, par essence, un tissu de liens.

Je vais reprendre une phrase de Madeleine Debrel : «  Les mêmes choses sont faites par plusieurs initiatives, tandis que d'autres besoins ne sont pris en charge par personne. » Mais pour s'en rendre compte il faut se parler. La Ville, la société a besoin de trouver une cohésion inter-insitutionnelle, tout simplement parce que qu'entre institutions on ne se connait pas d'une part, d'autre part le réseau est plus à même de découvrir les failles, les trous et les actions contradictoires des différentes institutions. C'est ça qui se discute au réseau précarité d'ivry.
A se parler, on découvre que la ville a ses cas.

Et là ce n'est pas seulement au niveau des individus mais aussi au niveau des institutiond elles-même. Eh oui... une institution peut être « malade » Quelle en serait sa maladie ?
Quand une institution a trop de pression extérieure et intérieure... elle se replie sur elle-même... chacun sait que lorsque l'on est rongé de l'intérieur et bien on a plus la capacité, les moyens de s'interesser aux autres. Ce qui va à l'encontre de l'idée de réseau.
Comme la personne qui se situe dans la précarité l'institution a besoin de l'autre pour ne pas rester isolée.

Je voudrais finir par un fait qui m'a frappée du fait de mon point de vue extérieur et de mon expérience parisienne au niveau des réseaux. La plupart du temps -tout le monde a bien compris la necessité des réseaux- ils se constituent principalement par injonction institutionnelle. Or La ville d'Ivry a cette chance inouïe, à mon sens, que se mobilisent d'eux-mêmes les acteurs psycho-médico-sociaux d'une manière informelle, juste avec leur simple désir de faire avancer les choses.
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Face à cette mobilisation du désir j'ai envie de dire : « chapeau ! »

Marie-Laure Caussanel
Ivry sur Seine, le 23 octobre 2004

 

 

 

 

 

 

 

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