Que propose la psychanalyse aujourd'hui ?

Un état des lieux de différents points de vues  

 

 

Que propose la psychanalyse aujourd'hui non seulement aux analystes et aux analysants mais aussi aux autres, à la Ville, à notre pays la France, au monde ?

 

 

Trois des effets de l'amendement Accoyer-Mattéi :

1-  « la menace » révèle qu'il y a bien une communauté psychanalytique, au-delà des scissions.

2- A se départir de la psychothérapie, chacun se doit de redéfinir (voir définir) ce qui fonde la légitimité de la psychanalyse, avec éclats.

3- si l'amendement met l'accent sur la légitimité, lui échappe encore la question de la légalité

 

 

Qu'est-ce que cette communauté ?

Elle s'origine de Freud. Voilà le seul trait commun.

Après, plus elle se chiffre plus elle se divise.

 

Si la psychanalyse se fonde sur la pratique de la parole car elle part du fait que l'on ne s'entend pas parler, il me semble qu'elle l'actualise fortement par des éclats et des scissions dans ce milieu même dit analytique.

Ceci m'étonne.

Pourquoi les psychanalystes, « analysés », s'entendent-ils aussi mal ?

Au delà des différentes manières de rattachement (ou lecture) à ce trait qui peut faire entendre la division, que produit la psychanalyse ?

A priori, rien de nouveau.

Rien de nouveau pour l'ensemble mais localement c'est différent.

Si l'affect est mis en jeu de la même manière que dans n'importe quel milieu et civilisation, 

si le milieu, comme tout milieu, produit une langue particulière à « coup de concepts » imbitables, il n'en reste pas moins que c'est un lieu, localement, où ça ne cesse pas de  mettre en cause et même, où se continue à parler les effets de la parole.

 

 

 

Quel statut a la psychanalyse ?

 

La psychanalyse n'est rien d'autre que ce que les uns et les autres en font et surtout en disent.

Tout le monde à le droit d'en dire quelque chose, ce droit n'étant pas uniquement  réservé aux experts de la psychanalyse que seraient les psychanalystes.

 

 

Les pays répondent :

 

La psychanalyse n'existe pas dans tous les pays.

Il est étonnant de voir la disparité d'inscription plus ou moins légale de la psychanalyse suivant les pays. Comme il est étonnant de voir la France « détentrice du savoir Lacan » s'exporter le plus avec autant de précautions (je pense là à sa percée en Chine et en Argentine).

 

 

Les institutions publiques répondent :

 

Elles n'embauchent pas des psychanalystes, elles embauchent des psychologues, des psychiatres, etc. Ainsi la psychanalyse est un outil de travail comme un autre, comme la systémie ou le cognitivisme.

 

Mais est-ce pour autant que la psychanalyse s'y exerce ?

         - Si oui, alors il y a du psychanalyste, donc qui paye ces psychanalyses sinon l'institution publique ? Alors pourquoi Le psychanalyste n'analyse-t-il pas celui qui paye c'est à dire l'institution ?

         - Si non, alors quel travail s'exerce en institution ?

 

 

Les institutions analytiques répondent :

 

Ces institutions permettent de se faire reconnaître et connaître comme psychanalyste.

Elles inaugurent la place aux « psychanalystes » et de la psychanalyse comme outil nous passons à la psychanalyse comme sujet.

C'est là où se situe tout « l'enjeu » du pouvoir.

Par le biais du « passage » de la psychanalyse comme nominatif survient le trouble de sa légitimité : comment s'institue le psychanalyste ? quelle formation a-t-il ? qui contrôle sa pratique ?

Est-ce que les institutions, qui ont déjà maille à partir avec le pouvoir, doivent être renforcées dans leur pouvoir ?

 

 

Les psychanalystes répondent :

 

Et c'est bien parce qu'il a été au préalable institué comme psychanalyste que pratiquer la psychanalyse revient notamment à la psychanalyse permet de gagner de l'argent.

 

Alors la psychanalyse devient un métier?

 

Permettez moi d'insister sur cette question qui frise la légalité :

Peut-on vivre du seul exercice de la psychanalyse ?

La communauté « sait » qu'il est très difficile de vivre uniquement des consultations privées de psychanalyse, sauf si l'on est « connu » (et dans ce dernier cas il y a toutes les chances pour que « l'analysantèle » devienne « contrôles de pratique de psychanalystes »).

 

Alors avec quels moyens légaux s'exerce la psychanalyse ?

A peu près 80% des analystes travaillent en institutions.

Qui de ces 80% exercent aussi en cabinet privé ?

Qui se déclarent professions libérales ?

Qui se déclarent professions libérales en tant qu'exercant précisément la psychanalyse ?

Qui utilisent les feuilles « de sécu » (il s'agit là des médecins et psychiatres) ?

Qui déclarent ses ressources là ?

Qui payent la Taxe sur la Valeur Ajoutée (il s'agit là des non psychologue ni psychiatre) ?

Combien sont sûr pris par ces questions ? Tous sinon aucun. Chacun a la necessité d'accéder au « statut » de psychanalyste par les moyens qui lui sont propres.

 

Enfin, quels sont les moyens de promotions des psychanalystes ?

       adhérer à une école pour se faire connaître en se soumettant aux principes de la dite école.

       détourner les patients ou analysants des institutions

       tisser un réseau professionnel personnel.

       se faire valoir dans les pages jaunes uniquement si l'activité est déclarée.

       rentrer dans le monde d'internet, qui lui-même ouvre au Monde. A mon sens, il y a un véritable manque à dire sur ce qui se passe là, peut-être est-ce encore trop tôt ?

 

 

Les analysants répondent :

 

C'est inattendu... balbutiement d'une parole qui se découvre, favorisant l'intégration du désir. Autrement dit, dans ce éminemment privé, la psychanalyse est éminemment sociale par la mise en cause.

 

 

Le public répond :

 

Sur « l'image » de la psychanalyse : elle reste, pour beaucoup, reservée à une élite, hermétique, impénétrable, et, chère.

Au fond, la psychanalyse est remise en question  : qu'est-ce que la psychanalyse ?

Et là nous pouvons repartir sur son fondement... si tant est que le psychanalyste ne reste pas «sans rien dire » par rapport à cette question que n'importe qui a le droit de lui poser.

 

Pour ma part et pour l'instant quand à ce bref et incisif brossage,  je resterais sur mon sourire au sujet du verbe « psychanalyser » qui n'existe que pour le public, soit-disant ignorant.

 

 

 

 

Une proposition

 

Depuis 100 ans, depuis Freud, depuis le malaise dans la civilisation, la psychanalyse mène une politique du « un par un ».

Mais pouvons nous continuer à soutenir aujourd'hui, que la psychanalyse n'existe que dans le cabinet privé ? Ce qu'on appelle « la cure analytique » oui, certainement, mais la psychanalyse, non. Elle ne se limite pas à la cure. Il n'existe pas de cure sans analyse, et l'analyse de la cure ne se fait pas dans la cure, et ce, aussi bien pour l'analyste que l'analysant.

 

Voilà toute l'ambigüité de la psychanalyse et de l'analyse, du psychanalyste et de l'analyste, pris l'un pour l'autre indifféremment.

 

Muni de sa pratique de la parole, des discours et du langage, l'analyste doit pouvoir sortir de son cabinet, voir de son école,  pour devenir, aussi, psychanalyste dans la Cité, dans la Ville. Il a sa place, au même titre qu'un autre. Et pour l'instant encore cette place reste à construire.

 

 

 

 

Marie Laure Caussanel

Ivry sur Seine

le 10 Avril 2004

Psychanalyste et Analyste.